1 - La Mission

France – Metz-Frescaty, BA-1281 – 25 juillet 1973.

Tout le monde connaissait mes habitudes spartiates, ma discipline. Je ne prenais qu'un repas par jour, ne dormais que cinq heures par nuit, courais dix kilomètres tous les matins autour de la base, puis j'inspectais les avions de mon escadrille, avant de prendre une douche bien méritée. Si bien que chacun savait où et quand il pouvait me joindre. Ainsi, terminant mon footing matinal, le soldat qui m'attendait près des hangars m'interpella.

- Lieutenant Kroussar ! Eh, lieutenant ! J'ai un message de la part du Colonel.

- Cela fait déjà un mois ! Le temps passe vite !

Le Colonel Hélie, commandant la base aérienne, avait pour habitude de convier les chefs d'escadrille afin de discuter des dernières missions aériennes et de leurs péripéties. Cela durait le temps d'un repas. À midi, je me rendis au mess des officiers. Dans la salle de restaurant, je ne vis ni le Colonel, ni d'autres personnes qui auraient pu être conviées.

- Me serais-je trompé de date ?

Un jeune sous-lieutenant, voyant mon embarras, m’invita à attendre dans l’un des salons privés où quelques minutes plus tard, le colonel me rejoignit.

Bonjour, Kroussar, comment allez-vous ?

Bien, mon Colonel, que me vaut l'honneur d'une invitation personnelle ?

Je dois vous parler. Tenez, asseyez-vous, nous allons déjeuner.

Après avoir discuté de nos passions communes pour l'Indochine, de notre plaisir à voler, de notre engouement pour les missions lointaines, il me dévoila le motif de son invitation.

Lieutenant Kroussar, à la demande de l'état-major des Armées, je voudrais vous charger de la mission la plus délicate, la plus difficile et la plus longue qui soit. Votre destination sera l'Asie du sud-est, plus
exactement le Cambodge.


Au Cambodge ! Moi qui rêve d'y aller depuis l'âge de quinze ans.

Eh bien, vous voilà servi ! Je vous ai désigné pour vos qualités, votre aptitude à commander vos hommes dans les pires situations. Le Chef d'État-major vous donnera toutes les instructions nécessaires. En attendant, je vous recommande de n'en parler à personne. Je vous souhaite bonne chance.

Début août, je bouclai mes valises pour me rendre à Paris afin de recevoir l'ordre de mission et prendre connaissance des objectifs lui afférant. Mais je redoutais cette mission. Je pressentais quelque chose de grave, assez indéfinissable. De surcroît, plusieurs nuits de suite, j'avais fait un rêve étrange où je parcourais un pays inconnu, au milieu de scènes de guerre d'une incroyable violence, et avec un petit enfant dans les bras. J'avais l'impression alors de revivre ce rêve, qui se déroulait avec une netteté confondante, sans que je puisse me situer dans un espace et un temps précis. Où et quand cela pouvait-il avoir lieu ? Nulle part, évidemment, sinon dans mes cauchemars les plus délirants.

Un bruit sourd me fit sursauter. Ces images se dissipèrent aussitôt, le décor perdit du même coup son inquiétante étrangeté. J'étais assis dans le bureau du Chef d'État-major des Armées, François Maurin, qui venait de refermer la porte du coffre-fort où il rangeait les documents secrets. Il ouvrit un épais dossier, parcourut les différentes notules, réfléchit un instant. Puis, il demanda à son secrétaire de nous laisser seuls. 

- On m'a dit que vous aimez l'Indochine. Nous sommes deux ! Savezvous qu'en 1950, lorsque je commandais l'escadron de transport "Anjou", basé à Saïgon, la défense antiaérienne des Viêt-Minh a bien failli nous mettre au tapis ? Il évoqua ses souvenirs de guerre, les charmes de l'Asie. Il avait le don de communiquer sa joie et ses émotions, tout en gardant les réserves que lui imposaient son rang et sa fonction.

Lieutenant ! Il faudra vous méfier des Indochinoises. Que de beauté,
que de grâce chez ces fines créatures, ces belles filles fières qui arboraient de larges sourires, comme s’il n’y avait pas la guerre. Leur allure de liane souple nous changeait des Françaises à la gueule triste. On avait envie de les aimer, de les protéger…

Il ne pouvait être plus clair. Puis il me présenta la mission.


Vous et votre équipe, vous avez été sélectionnés pour participer à une mission ultrasecrète, dont vous ne pourrez parler à personne en dehors de ce bureau. Personne ne doit être informé. Ni votre femme, ni vos parents, ni vos enfants. Il vous est interdit de répéter un seul des mots prononcés ici.

C'est clair, mon général.

Chacun des membres de votre équipe remplit les conditions idéales :
dévouement total, habilitation de sécurité de haut niveau, aptitude pour des missions de longue durée, compétences en renseignement militaire. Vous serez engagés dans une guerre, qui n'implique pas de forces armées françaises pour le moment, mais qui nécessite de recueillir de nombreuses informations. Dans cette situation complexe, nous n'avons pas besoin de guerriers ni de héros, mais d'hommes capables de nous fournir des informations stratégiques.


Lesquelles, mon général ?

Vous devrez analyser les différentes situations militaires, en
particulier l'aptitude des forces américaines à résister dans ce bourbier qu'est le Vietnam, et la capacité du Cambodge à faire face aux inexorables menaces qui le conduisent vers le chaos. Vous utiliserez des moyens terrestres. Nous ne pourrons pas déployer vos Noratlas 2 501 de votre escadrille...

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La Lonque Quête 

 

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Date de dernière mise à jour : 29/03/2019

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