La sorcellerie au Royaume Khmer

Les Khmers sont superstitieux. Ils croient aux Khmaoït-lông (ខ្មោចលង) qui sont des revenants, aux  Khmaoït-prïrye ខ្មោចព្រាយ qui sont des farfadets qui apparaissent aux vivants sous forme de feux follets, aux Smeul (ស្មិល) qui sont des loups-garous, aux Neak-ta (អ្នកតា) qui sont des génies bienfaisants ou malfaisants, aux Arrä (អារក្ស) qui sont des démons ou des possédés.

Ils croient encore aux Thmoup (ធ្មប់) qui sont des sorciers, ou aux Haora (ហោរា) qui sont des devins, et aux Ääp (អាប) qui sont des sorcières. Ils pensent que ces gens méchants profitent des secrets qu’ils connaissent pour rendre malades les personnes auxquelles ils veulent nuire, pour leur jeter des sorts et même pour les empoisonner, pour vendre des Thnam (ថ្នាំ), sorte de drogue ou médicament, qui provoque l'amour ou font avorter. On les craint, mais on a quelquefois recours à eux.

Comme Adhémard Leclère qui, en 1895, écrivit la majorité du texte qui va suivre. Je vais essayer d'expliquer ce que sont les esprits, les sorciers, quelle est leur manière de procéder, les cérémonies auxquelles il faut avoir recours pour chasser les uns et qui sont ordonnées par les autres. Puis, je dirai quelques mots sur les philtres d’amour que les sorcières vendaient très cher aux jeunes gens trop crédules et aux vieillards épuisés. À ceci près que ces pratiques continuent toujours au XXIème siècle. Ainsi ce qui suit, a été arrangé à la sauce Kroussar pour apporter les corrections nécessaires aux incompréhensions et erreurs de traduction faîtes à cette époque.

Les Khmaoït-lông (ខ្មោចលង) ou revenants

Quand ils ont à se plaindre des vivants qui n’ont pas rempli convenablement leurs devoirs vis-à-vis d’eux, Les khmaoït-lông courent la nuit les campagnes, se rapprochent des maisons, réveillent les gens endormis et vont même jusqu’à déplacer et briser les objets que contient la maison où ils ont pénétré.

On les entend marcher et parler, mais il est rare qu’on les voie ; certains se plaignent où pleurent ; d’autres rient et crient. Cela dépend du caractère qu’ils avaient avant de mourir et surtout du mal qui leur a été fait. Il y en a de bons, mais il y en a de très méchants qui entrent dans le corps des gens et les rendent malades. Alors il faut avoir recours au Thmoup (ធ្មប់), sorcier qui connaît les Snê (ស្នេហ៏) ou prières spéciales et les exorcismes qui obligent les khmaoït à regagner leurs tombeaux. On dit que la plupart cessent de revenir sur terre quand la dernière parcelle de leur chair est décomposée dans la terre, mais certaines personnes assurent qu’il y a des khmaoït qui viennent tourmenter les vivants jusqu’à ce qu’il ne reste plus une seule parcelle de leurs os, afin de les obliger à leur rendre les devoirs suprêmes, c’est-à-dire à les incinérer.

​Les Khmaoït-prïrye (ខ្មោចព្រាយ) ou Feu follet

Les khmaoït-prïrye ou revenants lumineux (feu follet) sont beaucoup plus méchants que les khmaoït-lông parce que ce sont des revenants femelles qui, lorsqu’elles vivaient, étaient enceintes et sont mortes sans avoir pu se délivrer… Alors leur malice est augmentée de celle du petit enfant qui n’a pu naître et qui est très fâché d’avoir manqué une existence. Ce sont des revenants redoutés qui parcourent les campagnes sous la forme d’une flamme qui voltige au-dessus des marais, parait vouloir se poser, puis s’envole plus loin, toujours plus loin.

Les khmaoït-lông et les khmaoït-prïrye traînent souvent la fièvre après eux, le choléra, la dysenterie et beaucoup d’autres maladies. Ils pénètrent alors dans le corps des gens dont ils veulent se venger et s’y établissent en les rendant malades. Il faut appeler de suite les gens qui savent les chasser, les obliger à regagner leurs tombeaux et qui connaissent les Snê mystérieux qu’il faut prononcer. Alors ils partent, mais on en a connu qui résistaient plusieurs jours aux offrandes qu’on leur faisait et qui paraissaient ne pas entendre les sné que les exorcistes débitaient. Il y en a d’autres qui refusent de sortir et qui causent la mort des gens dont ils se sont emparés.Quelquefois les khmaoït-lông et les khmaoït-prïrye, surtout les derniers, se plaisent à égarer les voyageurs ; ils changent les marques faites aux arbres, cassent les branches des arbustes dans les sentiers de la forêt afin qu’on ne puisse plus reconnaitre la route qu’on avait marquée de la même façon. Certains appellent le passant égaré et l’entrainent loin au milieu des marais. Bien des gens, croyant distinguer la lumière d’une maison, ont ainsi suivi un khmaoït-prïrye qui paraissait immobile, mais qui fuyait au travers des branches.

Tchma-ba (ឆ្មាបា)

Les Khmaoït qui menacent une maison sont souvent annoncés par le Tchma-ba (ឆ្មាបា), ce nom désigne l’écureuil volant (Polatouche), mais par extension, et dans l'imaginaire des Khmers, il désigne également le  vampire; animal vorace et féroce, qui sent le mort de loin et qui vient hurler à l'unisson. Alors les mères tremblent, se rapprochent de leurs petits afin de les protéger contre les Khmaoït et contre les Tchma-ba qui les guettent, qui les rendraient malades ou qui leur dévoreraient les yeux. Adhémard Leclère affirmait qu'il avait vu dans une vieille paillote, perdue au milieu de la brousse, une mère affolée placer la nuit des baguettes odoriférantes allumées autour du hamac où dormait son bébé ; tremblante et les mains jointes, regardant autour d’elle, elle veillait. Quand il était entré chez elle, la mère fut rassurée, certaine dès lors qu’elle n’avait plus rien à craindre des Khmaoït méchants et des Tchma-ba cruels, puisqu’un Baraing (បារាំង) était chez elle ; elle aussi, comme tous les Khmers, croyait que les Baraings (mot désignant les Français du temps du protectorat)  ne craignaient rien et que les revenants et les démons quittaient effrayés les villages et quelque fois les cantons où ils habitaient.

Les Arrä (អារក្ស)

Les Arrä, ou démons, sont plus terribles encore que les khmaoït, car leur puissance est supérieure. Ils peuvent prendre possession des corps et jeter la mort et la folie dans toute une famille. Alors, pour les chasser, il faut avoir recours au sorcier, prononcer les sné magiques qui les chassent et payer souvent très cher. Le possédé par un démon, par un Arrä, est, par extension, nommé arrä, parce que l’homme chez lequel il a pénétré ne s’appartient plus, son corps ne lui obéit plus, il est le corps du démon, il obéit à l’arrä qu’il a dans le ventre. Quelquefois, le démon pour mieux posséder le corps, pour mieux se l’asservir, en a chassé l’âme, il est allé la déposer sur un arbre où, très malheureuse, elle attend sa réincarnation.Pendant son séjour au Cambodge, Adhémard Leclère a vu plusieurs possédés ; ils sont agités de mouvements frénétiques, parlent sans suite ou bien se taisent et font comprendre par des signes qu’ils ne peuvent parler, ou se tordait à terre en gémissant. Ce sont des hystériques, mais des hystériques dangereux comme nos possédés des XVIe et XVIIe siècles, car, dans leur frénésie, dans leur conviction qu’ils sont possédés du démon, hantés par la pensée qu’ils sont victimes d’un sort jeté par un sorcier, par une sorcière, ils lancent des accusations terribles, accusent celui-ci ou celle-là de les avoir ensorcelés. Et ces accusations sont souvent écoutées et suivies de violences ou d’arrestations.

Les Neak-ta (អ្នកតា)

Les génies ou Neak-ta (អ្នកតា) sont aussi redoutés que les démons, bien qu’ils aient la réputation d’être bons ; mais, comme ils ont aussi celle d’être justes, on les craint, parce qu’on n’est jamais bien certain de ne pas les avoir offensés.

Ainsi ce ne sont pas les démons qui prennent possession de certains lieux, — montagnes, embranchements de routes, routes, rizières, — ce sont les génies, les Neak-ta, protecteurs et vengeurs. Le Neak-ta qui veille sur la route de Kampot à phnom-Penh, celui qui habite le phnom Chisso dans la province de Bati, est très redouté. De même celui qui garde la route du phnom Malou dans la province de Kampot et qui tue tous les Chinois qui s’y aventurent. Ou encore le Neak-ta qui commande le phnom Santouk, dans la province du même nom et celui qui habite le pbnom Krevanh dans la province de Pursat. Ces génies ont la plus grande haine des sdack-tranh ou grands gouverneurs qui commandent les terres qu’ils habitent. Ces mandarins n’osent gravir leurs montagnes, se présenter à leurs sanctuaires parce que tout le monde sait qu’ils périraient dans l’année ou qu’ils perdraient leur place.

Ce qui distingue les Arrä ou démons des Neak-ta ou génies, c’est que les premiers ne sont jamais bons parce qu’ils sont le mal, alors que les seconds sont bons et mauvais à la fois, selon qu’ils s’adressent à des gens bons ou mauvais. C’est que les uns sont d’origine infernale et que les autres sont d’origine humaine ; les Neak-ta sont les ancêtres oubliés devenus génies et qui n’ayant plus à veiller sur leur descendance directe, veillent sur le pays tout entier, sur le peuple cambodgien. Ils sont les anges gardiens de la nation khmère comme les Don-Ta (ដូនតា) ou ancêtres sont les anges gardiens de la famille. On pourrait dire sans crainte de se tromper que les Neak-ta sont les ancêtres de la nation, de la province, du village. Aux yeux des Cambodgiens, ils sont la justice et quelque­ fois les conseillers du peuple, les vrais gardiens du pays et ses vengeurs.

Thmoup (ធ្មប់) sorciers et Ääp (អាប) sorcières

Les sorciers n’avouent pas facilement leur puissance, leur science mystérieuse ; ils nient parce qu’ils redoutent les tribunaux et aussi la colère de leurs voisins, des gens du village, les accusations ridicules qui pourraient les conduire jusqu’au supplice. Mais on les reconnait à leur air étrange, à leurs yeux noirs, très brillants et très mobiles, à leur apparence inquiète. Une sorcière, regarde toujours avec inquiétude autour d’elle, parce qu’elle est toujours accompagnée des diables qu’elle commande. »

Il y a des sorciers et des sorcières qui le sont devenus par suite d’initiation, mais le plus souvent les sorciers sont fils de sorciers et les sorcières sont filles de sorcières ; un homme qui est sorcier ne rend pas forcément sa femme sorcière, et le fils d’une sorcière n’est pas forcément sorcier. Mais la fille d’une sorcière, alors même qu’elle ne pratique par la sorcellerie, qu’elle en ignore les secrets terribles et les formules magiques, porte avec elle une puissance fatale dont elle ne peut pas se dépouiller ; elle jette le mauvais œil et la terreur autour d’elle. Ses voisins la redoutent et la conspuent.

Mais à côté de ces sorciers ou sorcières qui ne savent pas, il y a les sorciers et les sorcières qui prétendent savoir et qui font commerce de leur soi-disant science des démons. Ils vendent des philtres d’amour, des formules magiques pour se faire aimer avec passion, pour se faire rechercher en amour ; ils vendent des potions abortives ou vont les préparer chez les pauvresses qui ont recours à eux ; ils vendent des poisons et des remèdes plus ou moins efficaces, des ficelles fétiches qui éloignent les diables et les revenants. Ils sont souvent proxénètes et prêtent leur maison aux amours défendues.

Chaque sexe de sorciers a sa spécialité : les sorcières vendent et fabriquent les potions abortives, les philtres amoureux ; elles vendent les snè d’amour et facilitent les relations coupables ; les sorciers vendent les remèdes et les ficelles fétiches, les poisons et les onguents mystérieux.

On dit qu’il y a des sorciers qui savent fabriquer des Roup ou statuettes en cire, qu’ils nomment du nom de la personne qu’ils veulent blesser ou tuer, puis qu’ils la percent en prononçant des paroles magiques avec un couteau. Alors, la personne que représente la statuette est blessée ou tuée à l’instant même où la statuette est percée par le sorcier.

D’autres font une statuette en cire, la nomment, puis la placent dans un endroit que visitent les rayons du soleil. Alors, à mesure que s’altèrent les traits de la statue, s’altère la santé de la personne qu’elle représente et dont elle a reçu le nom. Quand cette statue cesse d’en être une, la personne meurt. C’est notre envoûtement d’occident.

D’autres sorciers savent en battant une peau de buffle avec une baguette enchantée, en prononçant un sné mystérieux, réduire cette peau, la diminuer jusqu’à la rendre invisible ; alors, ils lui ordonnent d’aller s’introduire dans l’estomac de la personne qu’ils veulent tuer. La peau obéit, puis une fois parvenue dans l’estomac, elle se développe, se développe et tue. Si on ouvre cette personne ainsi tuée, on ne trouve rien parce que la peau a repris sa forme invisible et s’en est allée retrouver le sorcier qui l’avait lancée.

Le plus souvent les sorcières sont accusées de tuer les enfants de leurs voisines avec des secrets magiques ; de leur jeter des sorts afin de les nouer ou de les affoler. Alors les mères deviennent furieuses et c’est une procession de plaignantes chez le gouverneur de la province.

Tous les Cambodgiens croient à leur puissance : le roi lui-même a foi en eux.

Ksaè kirtaa (ខ្សែគាថា) ou Amulettes

Les Ksaè Kirtaa ou amulettes jouent un grand rôle dans la vie des Khmers. En outre des ficelles qui éloignent les esprits mauvais, il y a les petits cylindres de plomb ou d’étain qui sont enfilés dans une cordelette de coton ou de thmey (chanvre) liée autour de la taille et qui préservent de certaines maladies ; ces cylindres portent souvent à l’intérieur une inscription en langue pâli, et un snê mystérieux. Il y a les morceaux de colonnade blanche sur lesquels on a tracé des arabesques et inscrit des lettres et des chiffres ; ils préservent les guerriers qui les portent de la mort et des blessures graves.

Selon où l'on porte le Ksè Kotaa prend un nom différent. Autour du cou : Tïamnong kor (ចំណងក) ; autour de la taille : ksaè tïangkè (ខ្សែចង្កេះ) ; autour du bras Tïamnong daye (ចំណងដៃ) ; à la cheville Tïamnong thieung (ចំណងជឺង)... 

Les Snê (ស្នេហ៏) prières ou exorcismes

On peut encore se faire aimer d’une femme, même d’une personne qui marque de l’indifférence, en inscrivant le nom de cette femme sur une feuille de bétel à chiquer et en prononçant le snê quatre avant de la porter à la bouche.

Il y a encore bien d’autres manières de se faire aimer d’une fille ; par exemple celle-ci qui ne peut réussir que lorsqu’elle a été ordonnée par une sorcière : « Prends ce papier, jeune homme, écris dessus le nom de la femme que tu aimes, puis ce soir, quand tu te coucheras, mets-le sous ton oreiller. Alors, à l’heure où il est coutume d’aimer, prends ton oreiller entre tes bras comme si tu tenais une femme et répète plusieurs fois le nom de la femme que tu aimes et que tu as écrit sur le papier. Si tu aimes vraiment cette femme, cette femme t’aimera, c’est certain. »

Les sorcières vendent aussi des snê merveilleux pour exalter l’amour d’une épouse trop froide, pour empêcher la jalousie de troubler la paix des ménages polygames, pour retirer aux esclaves l’envie de fuir la maison de leur maître, pour ramener à une femme l’époux qui la néglige, à une jeune fille pour se faire aimer d’un jeune homme qui ne songe pas à elle, « mieux que cela, me dit un juge, pour se faire aimer d’un jeune homme qui songe à une autre fille.

Il y a des snê pour guérir les morsures des scorpions, celles des serpents, pour éloigner les rats et les souris des greniers et des sacs de paddy, pour chasser la tristesse, pour faire engraisser les personnes maigres, etc., etc.

Thnam (ថ្នាំ) médicaments ou drogues

Certaines drogues servent à appareiller les amants, à rendre la vigueur perdue… sont secrets, très recherchés et vendus très cher par les sorciers et par les sorcières. Quelquefois, en employant le thnam d’amour, le thnam maha sronôc ou « médicament de la grande jouissance », il faut prononcer un snê sept fois de suite. Ces médicaments sont ou des portions (thnam phoc, médecine à boire), des onguents (thnam léap, médicament pour oindre), ou des pilules (thnam collica, médicament en pilules). Parmi les thnam lép il faut distinguer les onguents qui resserrent les tissus et ceux qui sont faits pour les relâcher, pour développer, pour accroître ou pour diminuer.

Certains de ces thnam valent très cher, coûte jusqu'à un taël d’or (37gr,50), avec le snê sans lequel il est inefficace et les conseils qui vont avec; un vieillard retrouve toute sa force perdue et sa jeune épouse l’aime à nouveau.

Au nombre des produits qui servent à composer les onguents d’amour, qui raniment les vieillards, on distingue : les amandes, l’urine de bœuf noir, le camphre, l’eau de coco, le cardamome, le poivre, le gingembre... Ce dernier est le préféré des sorciers et sorcières...

On voit par tout ce qui précède que notre Europe n’a rien inventé et que toutes les superstitions qui ont dominé tant de générations se retrouvent en Asie, que les sorciers et les sorcières, que les revenants, les farfadets, les loups-garous, les philtres merveilleux, les amulettes, les secrets guérisseurs, les formules amoureuses, les incantations magiques et les exorciseurs se retrouvent même au Cambodge.

Moha Rusèye (មហា ឫសី) grand ascète, ou grand ermite

Les satras qui parlent des Moha Rusey (មហា ឫសី) ou grands-ermites, les représentent tous comme étant en possession de secrets merveilleux et d’une puissance occulte inouïe. Ils s’élevaient dans les airs et pénétraient partout, fabriquaient des amulettes et rendaient invulnérables ceux qu’ils aimaient et qu’ils avaient instruits. Ils pouvaient prédire toutes sortes de choses, savaient guérir, savaient protéger...

Les sorciers d’aujourd’hui, les Thmoup (ធ្មប់) et les Ääp (អាប), qui ont succédé aux Moha Rusey, sont beaucoup moins puissants et beaucoup moins instruits. Alors que les Moha Rusey étaient aimés et recherchés par le peuple pour le bonheur qu’ils pourraient procurer, les sorciers sont craints et recherchés pour le bien et le mal qu’ils peuvent faire.

Les Moha Rusèye étaient aussi des liseurs de bonne aventure, des révélateurs, et nombreux venaient lui demander quel serait leur destin...

 

Smeul (ស្មិល) ou Loups-garous

Les Smeul ou loups-garous sont les victimes des sorciers ou des sorcières qui leur jettent un sort on qui leur font absorber un thnam magique. Le smel quitte sa maison affolé, s’enfuit dans les forêts, grimpe aux arbres, se cache dans les fourrés ; il est suivi par les tigres qui ne l’approchent pas et qui attendent le septième jour, que le poil lui pousse sur le corps, pour l’emmener avec eux au fond des bois où il vivra de sa chasse comme eux, On a vu des femmes ainsi transformées en smel qui étaient devenues des tigresses redoutables ne vivant que de chair humaine.

Dès qu’une personne est devenue smel, il faut s’élancer à sa poursuite armé d’un rec ou fléau à porter, l’atteindre avant le septième jour et la frapper sur la tête, très violemment, en récitant certains, sné magiques. Alors, on peut ramener à la maison le smel, car il est guéri ou sur le point de l’être.

On dit que les smel sont indécents, grossiers en parole quand ils parlent. On en a vu qui ne pouvant plus parler, poussaient des grognements de bêtes fauves. Quelques-uns retirent leur vêtement et courent la campagne tout nus, fuient les maisons, font des gestes obscènes aux personnes du sexe opposé qu’ils rencontrent.

Source, bibliographie

Cette publication est une adaptation du texte de Adhémard Leclère écrit en février 1895. 

Adhémard Leclère (1853-1917) était un homme politique français qui fut administrateur colonial. En 1886 il fut nommé au Cambodge, d’abord à Kampot jusqu’en 1890, puis à Kratié, enfin à Phnom-Penh. Fondateur et vice-président de la Société d’ethnologie de Paris, il publia de nombreux ouvrages dont : Recherches sur la législation criminelle et la procédure des Cambodgiens, 1894 ; Cambodge, contes et légendes, 1895 et Histoire du Cambodge, 1914.  

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Date de dernière mise à jour : 28/01/2019